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Relazione presente nel Laboratorio:

Marie-Elisabeth Handman

Sessualità e prostituzione: note da un’indagine antropologica

Etno-antropologa, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Laboratoire d'anthropologie sociale, Parigi


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Relazione in francese - traduzione ancora non disponibile

Une enquête commanditée par la Mairie de Paris

Au mois de juin 2002, la Mairie de Paris décide de lancer une enquête sur la prostitution dans la capitale. Elle doit en effet faire face à la mobilisation des habitants qui résident sur les boulevards extérieurs de la capitale, dits boulevards des Maréchaux, ainsi que le long du cours de Vincennes, longue avenue qui, depuis le Bois de Vincennes (situé à l’est de la capitale où se prostituent de nombreuses femmes en camionnette) jusqu’au milieu du XIIe arrondissement (place de la Nation), donne lieu dès les premières heures de la nuit et jusqu’au petit matin à la prostitution de femmes, étrangères surtout, de toxicomanes et de travestis de toutes origines. Bien d’autres rues dans Paris sont des lieux de prostitution, mais qui ne gênent pas les riverains. En décidant de lancer une enquête, Paris n’imite pas Bordeaux, Lyon ou Strasbourg qui, confrontées au même problème, à savoir l’accroissement exponentiel de la prostitution de rue du fait de l’arrivée depuis 1996-97de nombreuses étrangères originaires d’Europe de l’Est ou d’Afrique et, depuis 2000, de Chine, ont pris des arrêtés d’interdiction de la prostitution dans les quartiers du centre ville, reléguant ainsi la prostitution dans les zones périphériques potentiellement dangereuses pour les prostitué(e)s, et même, s’agissant de Bordeaux, verbalisant les clients et les déférant au tribunal. Ces mesures sont largement discutées dans la presse écrite et à la télévision, et l’agitation des medias contribue au sentiment d’insécurité des Français qui explique en partie leur vote en faveur de la droite aux élections législatives de 2001.
Mais à Paris, le maire est socialiste et il a mis en place un « Observatoire des relations femmes/hommes » au sein duquel une cellule se préoccupe de la prostitution et du suivi des associations d’aide aux prostitué(e)s que la Mairie subventionne. Néanmoins cette cellule a du mal à suivre les rapides changements que connaît la prostitution à Paris depuis la fin des années 90 et, aux yeux des responsables, une enquête s’impose. Deux membres de l’Observatoire prennent contact avec une collègue politologue, bien connue pour ses positions féministes, et moi-même qui dirige au Laboratoire d’anthropologie sociale une équipe de recherche spécialisée dans les questions de sexualité et de prévention des maladies sexuellement transmissibles.
Ici, il convient de dire que les féministes françaises sont très divisées sur la question de la prostitution. Une forte majorité d’entre elles estime que LA prostitution est un esclavage, que les prostituées sont toutes des victimes de la domination masculine, et qu’il convient de prendre toute mesure susceptible de faire disparaître ce fléau. C’est ainsi que peu avant que ne commence l’enquête proprement dite (l’été a été consacré à la rédaction du projet conformément au cahier des charges), la Première adjointe au Maire, Madame Anne Hidalgo, est apparue plusieurs fois à la télévision pour appeler à la disparition de la prostitution ; quant au Maire adjoint à la prévention et à la sécurité, Monsieur Christophe Caresche, qui est également député, il dépose à la même époque un projet de loi visant à pénaliser les clients des prostituées, à l’instar de la législation suédoise en la matière. Là encore la presse s’empare de ces initiatives, ainsi que de l’annonce du lancement de l’enquête qui a commencé début octobre 2002. Cela a, pour le moins, beaucoup entravé le travail de l’équipe de recherche, car les personnes prostituées, avec lesquelles nous étions déjà en rapport pour certaines depuis plusieurs années à l’occasion d’autres enquêtes se sont senties trahies. En effet la prostitution est loin d’être un monde homogène et toutes les personnes prostituées sont loin d’être des esclaves victimes de la domination masculine, même si toutes souffrent de la stigmatisation qu’entraîne le libre exercice de la sexualité par les femmes, et que cette stigmatisation est bien l’un des avatars de la domination masculine. Cela dit, toujours à l’automne 2002, circulaient nombre de rumeurs sur la préparation de la Loi pour la sécurité intérieure que préparait le Ministre de l’Intérieur et qui menaçait l’exercice de la prostitution. Les prostituées, françaises du moins, se sont mobilisées, nous étions à leurs côtés, et la confiance a été rétablie.
Mais avant d’en venir aux multiples visages de la prostitution parisienne, il convient de présenter l’équipe de recherche et les tâches qui lui ont été assignées. Nous étions dix chercheurs et une secrétaire. Sur les dix, la politologue socialiste dont j’ai parlé plus haut, s’est spécialisée dans les entretiens avec les clients. Une autre, politologue également, dans la prostitution par le biais d’Internet. Sur les huit autres, sociologues ou anthropologues, deux travaillaient déjà depuis plusieurs années sur la prostitution, masculine et féminine, dans le cadre d’enquêtes sur la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST). Une autre, qui parle arabe et berbère, sur les Maghrébines immigrées seules en France, souvent sans papiers, et dont bon nombre se prostituent dans la rue, dans les foyers d’immigrés ou dans les bars fréquentés par les Maghrébins. Un étudiant brésilien qui faisait sa thèse sur le transsexualisme, s’est chargé des transsexuelles. Sa connaissance du portugais et de l’espagnol lui a permis de faire des entretiens très riches, car la majorité des transsexuelles prostituées sont originaires d’Amérique latine. Deux jeunes chercheuses, l’une africaniste, l’autre travaillant sur la prévention des IST et de la violence dans les départements d’outre-mer, se sont chargées des Africaines et des Chinoises. Un urbaniste et un sociologue, spécialistes des « lieux chauds » de la capitale, ont pris en charge la géographie de la prostitution, et j’ai coordonné le tout. Nous n’avons pu travailler avec les femmes venues d’Europe de l’Est que lorsqu’elles n’étaient pas surveillées de trop près par les hommes ou les femmes de main des proxénètes et, aucun d’entre nous ne parlant les langues slaves ou l’albanais, seulement avec celles qui connaissaient un peu de français, d’anglais ou d’italien. Pour les femmes chinoises, nous avons bénéficié de l’interprète d’un centre de santé de la Croix Rouge où elles se rendent régulièrement. Mais il n’a pas été possible d’obtenir d’elles des entretiens prolongés. Or la Mairie souhaitait que nous fassions des entretiens. Nous en avons réalisé une soixantaine avec des hommes, des femmes, des travestis et des transsexuelles, et une quinzaine avec des clients. Mais les entretiens informels, recueillis au cours de l’observation participante, s’est avérée au moins aussi riche en renseignements que les entretiens formels.
Tout au long de l’année 2002-2003, nous avons « tourné » avec les camionnettes des organismes qui circulent la nuit pour distribuer aux personnes prostituées des préservatifs, du gel, des seringues pour les toxicomanes, des boissons et des biscuits, qui donnent des conseils sanitaires et proposent des aides sociales, notamment aux personnes qui cherchent à sortir de la prostitution. Cela nous a permis d’entrer en contact avec bon nombre de prostitué(e)s que nous allions rencontrer après sur leur lieu de travail et que nous sollicitions pour des entretiens.
La Mairie nous demandait d’interroger les personnes prostituées sur leur enfance, leur adolescence et leurs raisons d’entrer dans la prostitution. L’idée sous-jacente était que l’on ne devient prostitué(e) que si l’on a subi des traumatismes, sexuels notamment, dans sa jeunesse. L’enquête montrera que les femmes prostituées n’ont subi ni plus ni moins de traumatismes que les femmes en population générale : toutes les femmes ayant subi des violences et des abus sexuels dans l’enfance ne se prostituent pas et toutes les femmes prostituées n’en ont pas subi. Nombreuses en effet sont celles qui disent avoir eu une enfance parfaitement normale.


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