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Relazione presente nel Laboratorio:

Corinne Fortier

I riti della nascita: costanti antropologiche

Etno-antropologa, Laboratorio di Antropologia Sociale, Centre National de la Recherche Scientifique, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Collège de France, Parigi


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Relazione in francese - traduzione non ancora disponibile

Cet exposé sur les rites de la naissance et de la petite enfance est surtout basé sur mes recherches dans la société maure de Mauritanie et dans le Sahara Algérien ainsi que sur l’étude de textes musulman. Mais dans une perspective comparée, je comparerai mes propres recherches avec des données de seconde main pour mettre au jour certaines constances anthropologiques dans les domaines des rites de naissance et de la petite enfance.
L'enfance apparaît en effet dans toutes les sociétés comme une étape de la vie particulièrement riche en rites. Le corps étant encore blancheur, il est à l’état natif de tous les possibles. Cette étape de la vie est le temps du modelage puisqu'elle précède la pétrification à venir. Le processus progressif et inexorable de la vie qu’est la croissance crée une imminence de l’information ; il existe un moment opportun pour fixer les conditions de développement du corps et du caractère de l’individu, ne pas le saisir c’est rendre courbe ce que l’on aurait pu redresser. Le dicton maure : « L'épine dès l'origine est piquante » est utilisé pour évoquer la nécessité d'un développement précoce chez l'enfant de son identité sociale, qu'elle soit sexuelle, statutaire, morale ou religieuse.
Le geste ou le non geste de l’entourage possède une efficace. Le présent est gros de l’avenir. L’agir est nécessaire et le non agir irréversible. L’imprudence ici ne consiste pas à oublier le sens de ces gestes apparemment insignifiants, mais réside dans le fait de ne pas les accomplir. Les proches de l'enfant sont responsables de l’orientation du cours de sa vie par ces premiers soins qui donnent sens et informent le corps. Son destin, y compris son salut, est « entre leurs mains » au sens propre de l’expression.
Cette idée de malléabilité du corps et de responsabilité de l'entourage est conceptualisée dans l’éducation religieuse et dans la médecine arabe. Le principe rousseauiste selon lequel, dans l’éducation, il faut savoir perdre du temps n’est pas le principe arabe, pour lequel tout peut s’inscrire sur ce corps encore en puissance et y demeurer pour la vie comme s’il existait une mémoire corporelle, comme le dit l'adage arabe repris par la juriste malékite qu’est Qayrawânî dans son traité juridique du Xè siècle intitulé la Risâla (s.d. : 17) : « Ce qui est appris dans l’enfance est aussi durable que la gravure sur la pierre ». L’idée de malléabilité et de tendresse provisoire du corps, précédant fermeté et consolidation, suppose l’assimilation du cycle de la vie à un processus de dessèchement et de refroidissement inspiré de la théorie médicale ancienne et médiévale des humeurs.
Avicenne (Ibn Sînâ, fin Xe siècle et début XIe siècle) explique que les enfants possèdent un excès modéré d’humidité pour accomplir leur croissance ; l’observation de la plus grande souplesse de leurs os et de leurs tissus confirme selon lui son assertion (1956 : 14). D'autre part, al-Qurtubî (Xe siècle) reprenant les théories médicales de ses prédécesseurs, divise le cycle de la vie en quatre âges et parle du premier en ces termes : « Il tient son équilibre de l’air et du sang : la force du sang l’emporte sur les autres éléments (humeurs), par sa pureté. C’est grâce à cela que l’on peut, chez l’enfant, développer l’éducation, la gaieté, et l’agilité. Le sang est dans le corps comme la sève est dans l’arbre. Ce corps peut alors être modelé comme la cire et l’argile tendre » (1956 : 85).
Complémentairement aux médecins, les astrologues rendent compte de la faiblesse, de l’humidité, de la mollesse, de la fragilité de l’enfant sur le plan physique, par la domination de la lune, astre froid et humide. Sur le plan intellectuel, cette même influence coïncide avec l’époque de l’ignorance où l’esprit apprend à réfléchir et à raisonner et où le caractère est essentiellement malléable, c’est donc l’âge privilégié de l’éducation. En conséquence, il existe une responsabilité de la bonne ou mauvaise forme. Comme l’exprime le théologien musulman (sunnite) Ghazâlî (fin XIe siècle et début XIIe siècle) : « L’enfant est un dépôt confié aux parents ; son âme pure est une substance précieuse, innocente, dépouillée de toute inscription ou image. Elle reçoit tout ce qu’on y grave, elle s’incline là où on l’incline » (1955 : 87).
Cette comparaison entre la glaise et l'âme du petit enfant sur laquelle tout s'imprime de manière indélébile est connue en Europe médiévale et a également comme conséquence nécessaire pour les parents et les éducateurs de soigner les mots et les gestes qu'ils adressent aux tout-petits. Aussi, comme en islam, l'éducation doit se faire dès le plus jeune âge lorsque le petit enfant possède une « mémoire inconsciente » qui est marquée à jamais par tout ce qu'il voit et entend.
Les principes éducatifs communs du maternage consistent, dans la reconnaissance de la nature spécifique de l’enfant exigeant un traitement spécial, dans la certitude que l'enfance constitue le kairos de la corporéisation des valeurs, et dans la représentation du développement de la connaissance à partir de la mémoire reçue des sens à cette étape de la vie. Cette pédagogie unique dominée par le principe selon lequel agir sur le corps de l’enfant c’est l’aider à se fabriquer une mémoire, n’est que l’actualisation de la représentation de la quasi indifférenciation entre « sens externes » et « sens internes », entre corps et mémoire.


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